9/21/2020

De l’usage de la grammaire : Wittgenstein et Anscombe

De l’usage de la grammaire : Wittgenstein et Anscombe

 

 

Elizabeth Anscombe est connue pour son analyse de l’intention (« en termes de langage ») et pour avoir ainsi remis au goût du jour la philosophie de l’action (dont la source est Aristote). Elle se présente à la fois comme l’élève de Wittgenstein (dont elle fut l’amie, l’exécutrice et la traductrice) et comme l’auteur d’une œuvre originale et indépendante (comme en témoignent les discussions dont elle fait l’objet dans la philosophie de langue anglaise, ainsi que l’usage qu’en fait, en France, Vincent Descombes).

Anscombe, que Wittgenstein juge (dans une lettre à Rush Rhees de 1944) « à coup sûr, très intelligente », est en effet l’héritière de la méthode wittgensteinienne de l’analyse grammaticale, qu’elle conçoit comme une explicitation, non seulement des règles d’usage du langage, mais aussi des implicites sémantiques, conceptuels et logiques qui sous-tendent ces usages. C’est ainsi qu’elle se propose, dans L’Intention, de mettre au jour le caractère conceptuellement indissociable des notions d’intention(-alité) et d’action.

S’il est parfois difficile de distinguer les usages orthodoxes et les usages dissidents de l’analyse grammaticale, il reste néanmoins incontestable qu’en s’inscrivant explicitement dans l’héritage de Wittgenstein, Anscombe a entamé un dialogue avec une œuvre qu’elle connaît extrêmement bien, pour l’avoir discutée avec son auteur et traduite. Certes, sa fâcheuse tendance (sans doute empruntée au maître) à ne pas toujours citer ses sources rend parfois allusives les discussions de détails que Anscombe propose de Wittgenstein. Pourtant les thèmes – celui de la distinction entre les raisons et les causes, la question des limites du sens, celle de l’idéalisme linguistique, celle de l’intentionalité ou encore de l’expressivité – sont proches, comme, dans une certaine mesure, les manières de les traiter.

Mais ce qui transparaît, dans la confrontation de ces deux auteurs, c’est leur vision à la fois si proche et si différente de la philosophie. Là où Wittgenstein se refuse à l’analyse systématique et fait un usage parcimonieux de l’analyse grammaticale, se gardant par ailleurs de tirer des conclusions trop générales (voire même de tirer des conclusions tout court), Anscombe n’hésite pas à pousser celle-ci dans ses retranchements, à la faire fonctionner jusqu’au bout, à explorer tous les possibles, pour contrer la mauvaise métaphysique et expliciter les sources grammaticales de nos questionnements philosophiques. C’est que son objectif est autre que celui de Wittgenstein : en se tenant toujours à l’écart de la mauvaise systématisation de l’usage de l’analyse grammaticale (qui consisterait à la prendre comme un instrument employé aveuglément et indifféremment, quel que soit l’objet considéré), Anscombe ne craint pas d’énoncer des thèses (à tort ou à raison). C’est ainsi qu’elle voit dans l’aspect téléologique de l’action (déjà notée par Aristote) une dimension grammaticale essentielle ; de même dans l’intentionnalité de la sensation.

Nous proposons donc de confronter la prudence wittgensteinienne à l’audace de son élève et d’examiner, au moins partiellement, dans quelle mesure cette dernière reste fidèle aux exigences des leçons à tirer de la philosophie de Wittgenstein.

Dans le sillage de Wittgenstein

À la question « Wittgenstein : un philosophe pour qui ? », Anscombe répond sans hésiter qu’il est, comme Platon et contrairement à Aristote, « un philosophe pour philosophes », qu’elle distingue du « philosophe pour l’homme ordinaire »[1]. Cette remarque peut surprendre celui qui connaît l’attachement de Wittgenstein à l’ordinaire, à nous montrer ce que nous avons sous les yeux plutôt que de spéculer et créer des concepts pour philosophes. Mais ce n’est pas en fonction de cela qu’Anscombe détermine à qui est destinée telle ou telle philosophie, pas plus qu’elle ne le mesure au degré de complexité de celle-ci. Si Wittgenstein est un philosophe pour philosophes, c’est que les sujets qu’il traite n’intéressent que les philosophes. Au contraire, « Aristote ne s’occupe que rarement de problèmes que les non-philosophes trouveraient bizarres ou sans intérêt[2] ». Et Anscombe commente à ce propos une digression de Wittgenstein dans les Recherches Philosophiques sur l’expérience de la lecture. Digression qui vise à montrer que, comme la compréhension d’un mot ou d’une phrase, la lecture peut s’accompagner d’une multitude d’expériences, mais qu’aucune de ces expériences n’est une instanciation de l’expérience de la lecture ou de celle de la compréhension. Après quoi elle conclut :

Je ne crois pas que la recherche sur la lecture que Wittgenstein a menée et condensée dans ces pages possède de quoi attirer un lecteur dépourvu d’un tour d’esprit philosophique. Or, en tant que contribution à une certaine clarification du concept de compréhension, cette recherche participe de thèmes majeurs de son œuvre.

Difficile de dire en réalité pourquoi et en quoi un sujet philosophique devrait intéresser davantage les philosophes ou les non-philosophes et ce qui définit un « tour d’esprit philosophique ». Ce que l’on peut dire en revanche, c’est que l’apparente trivialité de certaines remarques de Wittgenstein, qui cache souvent une grande profondeur et complexité, peut désarmer ou frustrer celui qui cherche dans la philosophie des réponses aux grandes questions existentielles ou métaphysiques. Mais c’est en s’y penchant avec suffisamment d’attention que l’on peut voir le caractère véritablement révolutionnaire – qui aujourd’hui n’est plus à prouver – de la pensée de Wittgenstein. Précisément parce qu’il s’intéresse, comme le suggère Anscombe, à des problèmes de philosophes (éventuellement contaminés par ceux des non-philosophes et les contaminant en retour) et nous invite à porter sur eux un regard radicalement nouveau et en aucun cas naïf.

Or, c’est justement parce que la philosophie de Wittgenstein ne prétend pas construire de nouveau problèmes philosophiques, mais seulement mettre le doigt sur des problèmes ou des faux problèmes déjà existants, qu’il est difficile de concevoir ce que signifie hériter ou être l’élève de Wittgenstein. Car ce dernier n’offre pas à ses successeurs de système, de thèse auxquels adhérer et dans le cadre desquels philosopher. C’est d’ailleurs ce dont témoigne Anscombe à la fois dans sa démarche philosophique et dans les anecdotes qu’elle rapporte à propos de celui qui fût son professeur :

Une fois, j’ai entendu quelqu’un demander à Wittgenstein quels étaient les tenants et les aboutissants de tout cela, quelle était, pour ainsi dire, la portée de la philosophie qu’il enseignait dans les années 1940. Il n’a pas répondu. Et je suis encline à penser qu’il n’y avait pas de réponse à donner. C’est-à-dire qu’il n’avait pas sérieusement réfléchi à une théorie générale comme il l’avait fait pour son premier ouvrage ; qu’il était plutôt engagé dans une recherche permanente ; il était assez sûr de certaines choses, mais la plupart faisaient l’objet de recherches. C’est pourquoi je décrie toute tentative de présenter la pensée de Wittgenstein comme quelque chose de fini[3].

Si Anscombe s’est beaucoup intéressée à la « première » philosophie de Wittgenstein, celle exposée dans le Tractatus et sur laquelle elle a rédigé son deuxième ouvrage[4], elle n’adhère pas à la vision de la vérité et du langage qui y est proposée. Elle sera nettement plus marquée par les enseignements du « second » Wittgenstein, celui qu’elle a connu à Cambridge dans les années 1940. Mais, comme elle l’expose clairement, l’influence de Wittgenstein ne saurait être une influence « d’école » et quiconque voudrait faire usage de sa philosophie comme d’une doctrine à laquelle adhérer et sur laquelle faire reposer des thèses philosophiques (ce qu’il est possible de faire avec le Tractatus), se méprend sur la portée de celle-ci. Mais Anscombe ne fait pas partie de ceux-ci, comme le remarquent unanimement les amis et connaisseurs d’Anscombe :

Certains continuateurs de Wittgenstein se sont contentés de répéter ce qu’il disait de manières différentes, mais la philosophie d’Anscombe est plus fidèle à l’esprit de celle de Wittgenstein en ce qu’elle ne fait précisément pas cela[5].

Bien qu’elle [Anscombe] fût son [Wittgenstein] amie proche, exécutrice littéraire, et l’une des premières à voir sa grandeur, il n’y avait rien de plus éloigné de son caractère et de son mode de pensée que l’esprit d’école[6].

Comme nous allons le voir, celle-ci s’est véritablement appropriée la méthode grammaticale et, comme elle le dit elle même de Wittgenstein, il est quasiment impossible d’anticiper ce qu’elle pense ou aurait pu penser à tel ou tel propos[7]. Outre son profil beaucoup plus historien que le maître[8], Anscombe n’hésite pas à adopter de véritables thèses non seulement en philosophie morale, mais aussi quand il s’agit de remettre en question certaines postures métaphysiques concernant la causalité ou l’explication scientifique du monde.

Elle s’accordait cependant avec Wittgenstein sur d’autres points. Elle rejetait l’idée que l’on puisse découvrir la nature de l’esprit par l’introspection, méthode que ce dernier avait souvent dénoncée. Elle était d’accord pour dire qu’il était utile, pour résoudre un problème philosophique, de parvenir à une vue d’ensemble des concepts ordinaires et de se demander : « Comment apprend-on tel ou tel concept ? Comment les enfants l’acquièrent-ils ? » et « Quels concepts aurions-nous si certains traits très généraux du monde étaient radicalement différents de ceux que nous connaissons ? »[9]

Reprendre de manière systématique les différents thèmes wittgensteiniens qui ont influencé et alimenté les réflexions d’Anscombe serait ici une tâche bien trop grande et dispersée. C’est pourquoi nous nous pencherons avant tout sur ce que l’enseignement de Wittgenstein transmet à qui en saisit l’esprit, et sur ce qu’il a transmis à Anscombe : non pas un ensemble de thèses cohérent et bien ficelé, mais avant tout une façon de faire de la philosophie. Notre propos se concentrera donc sur un aspect fondamental des rapports intellectuels entre Wittgenstein et son élève : la méthode de l’analyse grammaticale.

Grammaire ou langage ordinaire ?

Comme on le sait, l’analyse grammaticale wittgensteinienne (issue de l’école de Cambridge) s’est trouvée, en son temps, en tension avec la philosophie oxonienne du langage ordinaire (dont l’une des figures centrales est John L. Austin). Anscombe se fait alors en partie (plus ou moins explicitement) le porte-parole de l’analyse grammaticale contre la philosophie du langage ordinaire, notamment dans un article à charge contre Austin, « The Intentionality of Sensation »[10]. En quelques mots, les grammairiens reprochent (à tort ou à raison) à la philosophie du langage ordinaire d’être trop descriptive. La première ne se borne pas à décrire nos usages corrects du langage, elle vise à en dévoiler les règles et les implicites sémantiques. C’est pourquoi elle ne se satisfait pas de savoir comment fonctionne ou a effectivement fonctionné un certain jeu de langage (c’est-à-dire un usage précis donné et contextuellement marqué du langage). Elle s’interroge également sur les modalités d’acquisition de ce jeu de langage et sur les conditions pratiques de son existence. En témoigne la multitude de situations (de jeux de langages) imaginaires inventées par Wittgenstein et qui visent à mieux percevoir les limites et les conditions du sens, à saisir en quoi un énoncé prend sens dans un certain contexte et pas dans un autre, et surtout pourquoi il ne peut prendre sens hors contexte. C’est ce que montre l’exemple suivant :

Mais que sont les parties constituantes simples dont se compose la réalité ? – Que sont les parties constituantes simples d’un fauteuil ? – Les pièces de bois à partir desquelles on l’a fabriqué ? Ou les molécules, ou bien les atomes ? – « Simple » veut dire non-composé. Et voici ce qui importe : « composé » en quel sens ? Parler sans plus de précision des « parties constituantes simples du fauteuil » n’a aucun sens[11].

Anscombe hérite de cette idée selon laquelle une expression « ne transporte pas son sens avec elle »[12] ; son sens, pour ainsi dire, « purement » linguistique ne lui donne pas sens dans n’importe quel contexte.

Or, s’il fallait déterminer le point d’achoppement entre l’approche grammaticale et la philosophie du langage ordinaire, c’est sans doute dans leurs manières respectives de tester les limites du sens qu’on le trouverait. En effet, là où le grammairien n’hésite pas à nous transporter dans des situations imaginaires possibles qui touchent aux limites du sens, le philosophe du langage ordinaire aura tendance à poser ces limites depuis les usages effectifs du langage. Austin dira plutôt : « Cet usage est inadmissible ou exceptionnel. Il suffit de regarder la façon dont ce mot ou cette expression s’emploie normalement ou dans des circonstances normales ». Un wittgensteinien se demandera plutôt : « En quelle occasion ou dans quel contexte ce mot ou cette expression pourraient-ils bien avoir (ou ne pas avoir) un sens ? » et il tâchera d’imaginer un tel contexte. Ainsi, à supposer que vous vous trouviez confronté à quelqu’un (par exemple, votre voisin dans le train) qui, dans des circonstances normales, se met à douter de l’existence de ses mains, vous ne comprendriez pas ce qu’il veut dire[13].

Lorsque le philosophe du langage ordinaire se contente d’observer « ce que nous dirions quand »[14], ce qui se dit ou pas dans des circonstances données, le grammairien traque les usages trompeurs (typiques du questionnement métaphysique) pour dévoiler au sein même des usages du langage les conditions de possibilité du sens.

Par exemple, dans son analyse de l’action, Austin s’intéresse tout particulièrement aux situations d’échec ou de raté qui suscitent l’intervention de concepts spécifiques (excuses, intention, volonté, etc.), qu’il se propose alors d’étudier[15]. Anscombe, pour sa part, cherche dans les usages du langage (dans sa « grammaire ») la spécificité des explications de l’action, afin de circonscrire la notion d’action, se donner une vue d’ensemble du concept et de ses usages.

En dépit de ces divergences, l’ambition qui consiste à mettre le doigt sur les limites du sens – en montrant, soit qu’un certain usage du langage est inadapté à une situation donnée (celle-ci ne pouvant lui conférer un sens), soit que son degré de généralité ne permet pas de lui donner un sens – est partagée par la philosophie wittgensteinienne et par celle du langage ordinaire.

Mais les écrits d’Anscombe font apparaître une tension plus forte encore entre l’analyse grammaticale et la philosophie du langage ordinaire. Sur ce point, deux hypothèses sont envisageables. La première consiste à penser que les tensions entre les deux méthodes, qui apparaissent dans les écrits d’Anscombe, sont déjà latentes dans l’œuvre du maître. La seconde vise à attribuer à Anscombe seule l’accentuation des différences de méthode. Nous ne trancherons sans doute pas cette question d’exégèse minutieuse, qui pose la double question de l’éventuelle systématicité de l’analyse grammaticale chez Wittgenstein (alors érigée au rang de « méthode ») et de ce en quoi consiste véritablement philosopher dans un esprit wittgensteinien. Puisqu’il ne s’agit pas de trancher cette question, nous nous contenterons ici de mettre en avant ce qui, dans l’analyse grammaticale telle que l’emploie Anscombe, rompt avec la philosophie du langage ordinaire.

Ce qui dérange l’esprit wittgensteinien dans cette dernière, c’est, on l’a dit, l’aspect trop purement descriptif de l’analyse du langage ordinaire, qui semble se contenter d’observer ce qui se dit et ce qui ne se dit pas. Même si l’ambition jamais réalisée d’Austin était d’établir une sorte de typologie des actes de parole, il est indéniable que ses arguments consistent bien souvent en un ensemble d’exemples singuliers desquels il tire rarement (dans un souci de précision philosophique d’ailleurs) des conclusions générales[16]. Mais, pour ce qui est de cette méfiance à l’égard de la généralisation, nous pourrions précisément le rapprocher de Wittgenstein. Dans la méfiance du dernier nous pouvons déceler la prudence qui caractérise sa conception thérapeutique de la philosophie : celle-ci doit nous préserver de la séduction que peuvent exercer sur nous certains questionnements philosophiques en considérant ceux-ci un par un et en démêlant les confusions grammaticales sur lesquelles ils reposent. Comme il le fait avec la question citée plus haut, qui porte sur les constituants simples de la réalité : il ne s’agit pas tant de tirer des conclusions générales que d’éliminer les faux problèmes.

Mais Anscombe voit, pour sa part, dans l’analyse grammaticale, un moyen non seulement de déjouer les faux problèmes, mais aussi de se donner une vision plus juste des phénomènes et des questions qui intéressent la philosophie. Elle donne ainsi à la grammaire une force véritablement constructive et cherche dans la grammaire l’essence dont parle Wittgenstein :

« L’essence », dit Wittgenstein, « est exprimée par la grammaire »[17]. Ceci n’est pas compliqué à comprendre. Pensez à l’association d’un nom propre avec celui d’un type de chose, comme « chien », telle que le nom propre est utilisé avec la même référence, si et seulement s’il est utilisé à propos du même membre de ce type, disons le même chien. Ceci nous fournit en partie la grammaire des noms propres. Et cette grammaire n’exprime-t-elle pas, si toutefois quelque chose l’exprime, l’essence de l’individu nommé par un nom propre ? Ou du moins une partie de son essence[18].

Explorer la grammaire de ce qui, dans le langage, individualise quelque chose ou quelqu’un est un moyen (si ce n’est l’unique moyen) de saisir en quoi consiste cette individualisation. En étudiant ces jeux de langage nous voyons ce que signifie, ce qu’est « être un individu singulier ». Ce n’est d’ailleurs pas tant que cette force constructive de l’analyse grammaticale n’était pas déjà présente chez Wittgenstein (qui prend explicitement position sur des questions comme celles du langage privé, de la causalité de l’action, de la nature de l’esprit, etc.), mais elle est clairement assumée par Anscombe.

Par le biais de deux exemples illustrant les divergences entre l’analyse grammaticale et la philosophie du langage ordinaire, nous proposons, en retour, d’éclairer les spécificités de l’analyse grammaticale telle que Anscombe en hérite. Le premier exemple témoigne d’un désaccord non explicitement reconnu entre Austin et Anscombe et concerne la légitimité des usages de la notion d’intention. Le second exemple est celui d’une querelle entre les deux camps qui a effectivement eu lieu et qui porte sur la question de l’intentionalité de la sensation. Dans la mesure où ils servent avant tout à illustrer des problèmes de méthode, nous entrerons peu dans les détails de ces deux différends et n’en retiendrons que les traits les plus saillants.

Les conditions de possibilité du sens

Pour Wittgenstein, l’illégitimité d’un certain usage du langage est liée à la détermination du sens de ce qui est dit relativement à un contexte d’usage et à un jeu de langage donné. Cependant, l’analyse grammaticale au sens de Wittgenstein possède cette spécificité qui consiste à essayer de déjouer les pièges du langage en révélant des traits conceptuels et logiques de certains usages du langage. C’est sur ce principe que fonctionne sa distinction entre l’explication par les causes et l’explication par les raisons. Wittgenstein exhume, au sein des usages du langage, des traits qui rendent non pertinents certains types de questionnements relativement à ces usages. Ainsi, cela n’a pas de sens de s’interroger sur les causes d’une action, si l’on entend alors poser une analogie avec l’explication d’un mouvement purement mécanique (supposant ainsi qu’un mécanisme interne aurait causé l’action). Et ceci n’a pas de sens parce que la notion d’action elle-même, sa situation dans le réseau complexe de nos jeux de langage, exclut que l’on puisse l’expliquer en cherchant des causes de type mécaniques. Ou encore, la notion de cause ainsi entendue ne saurait s’appliquer à l’action. L’ordre de l’explication de l’action exige en effet un appel aux raisons d’agir des agents.

Ainsi, dans le contexte de l’explication de l’action, la question « Pourquoi ? » prend un sens différent de celui qu’elle prend dans le contexte de la recherche de causes (par exemple, celles d’une maladie). Ici le type de question posée se distingue notamment par le type de réponse attendue, lui-même déterminé par l’objet sur lequel porte la question. Mais, comme le fait remarquer Anscombe, ce n’est pas l’objet en soi qui détermine le sens de la question, c’est l’objet pris dans, et déterminé par, un jeu de langage :

Bien entendu, nous nous intéressons tout spécialement aux actions humaines. Mais qu‘est-ce qui nous intéresse spécialement ici ? Ce n’est pas que nous aurions un intérêt spécial pour le mouvement de certaines molécules dans les êtres humains ; ni même pour le mouvement de certains corps, les corps humains. La description de ce qui nous intéresse est une description qui n’existerait pas si notre question « Pourquoi ? » n’existait pas. Ce n’est pas que certaines choses, à savoir les mouvements des humains sont, pour des raisons que nous ignorons, sujettes à la question « Pourquoi ? ». De même, ce n’est pas simplement que certaines apparences de craie sur le tableau sont sujettes à la question « Qu’est-ce que cela dit ? ». C’est au sujet d’un mot ou d’une phrase que nous demandons « qu’est-ce que cela dit ? ». Et la description de quelque chose comme un mot ou une phrase ne pourrait pas avoir lieu si les mots ou les phrases n’avaient pas déjà une signification. Ainsi, la description de quelque chose comme une action humaine ne pourrait pas préexister à la question « Pourquoi ? » considérée comme une forme d’expression verbale qui nous pousserait alors obscurément à nous poser cette question[19].

Dans son appropriation de l’analyse grammaticale, Anscombe met le doigt sur le lien conceptuel, ou logique, étroit qui existe entre un mode de questionnement et ce sur quoi il porte ; sur le fait que l’un et l’autre ne peuvent exister séparément et que donc, d’une certaine façon, ils sont constitutifs l’un de l’autre (en relation interne l’un avec l’autre). Il y a donc, en droit, quelque chose qui nous autorise à demander, à propos d’un énoncé (par exemple dans une langue inconnue), ce qu’il dit et, à propos d’une action, quelles en sont les raisons. Parce que l’usage qui consiste à s’interroger de cette façon sur ces objets est logiquement lié aux objets qu’ils sont. Le type d’explication requis ou autorisé et ce sur quoi il porte se spécifient ainsi mutuellement.

Austin insiste au contraire, dans son « Plaidoyer pour les excuses »[20] sur l’idée que n’importe quelle question ne saurait être légitime dans n’importe quel contexte : par exemple, si je m’assieds à mon bureau et ouvre un livre, il serait aberrant de se demander si je l’ai fait intentionnellement. Il indique ainsi une certaine limitation de l’analyse du langage ordinaire aux usages effectifs du langage : ceux qui sont effectivement, en pratique, pertinents. Et il suggère de ne pas aller au delà.

Or, l’analyse grammaticale (du moins telle que la conçoit Anscombe) semble aller au delà puisqu’elle s’autorise à étendre la légitimité des questions, non pas au(x) seul(s) contexte(s) dans le(s)quel(s) il serait effectivement pertinent qu’elles soient posées, mais aussi aux contextes où, en droit, compte tenu de ce qui est en considération, nous pourrions – cela aurait un sens (à défaut de pertinence) de – les poser. Ainsi, en indiquant que l’action est ce à propos de quoi on peut demander des raisons d’agir, Anscombe ne dit pas que nous sommes nécessairement fondés à nous interroger effectivement sur ces raisons d’agir (simplement parce qu’elle peuvent être tout à fait explicites, par exemple), mais qu’en droit, la question a un sens. C’est un trait de l’action que d’autoriser à ce qu’on s’interroge sur ses raisons, indépendamment de la question de savoir si, dans une situation précise donnée, la question se pose effectivement.

Là où l’analyse austinienne se penche sur « ce que nous dirions quand » et sur la légitimité des usages effectifs du langage, l’analyse grammaticale s’autorise à extraire de « ce que nous dirions quand » des traits essentiels ou logiques de certains usages :

En général, la question de savoir si les faits et gestes d’un homme sont intentionnels ne se pose pas. Il est donc souvent « bizarre » de les appeler ainsi. Par exemple, si je voyais un homme suivre le trottoir, puis se tourner vers la route, regarder des deux côtés, et traverser la rue quand c’est sans danger, je ne dirais pas d’habitude qu’il a traversé la route intentionnellement. Mais il serait faux d’en déduire que ce n’est pas un exemple typique d’action intentionnelle[21].

Ce qui nous autorise alors à qualifier cette action d’intentionnelle n’est pas la possibilité, de fait, d’apposer au verbe d’action l’adverbe « intentionnellement », mais c’est le fait que, dans un contexte où il serait légitime de s’interroger sur le caractère intentionnel de cette action, nous dirions qu’elle est intentionnelle :

Je pense ici au genre de choses que vous diriez dans un tribunal si vous étiez témoin et qu’on vous demandait ce que faisait une personne quand vous l’avez vue[22].

Le fait que nous pouvons déterminer les intentions des gens à ce qu’ils font s’explique par l’existence de ce lien grammatical extrêmement étroit entre les notions d’action et d’intention, que l’analyse grammaticale aura permis de mettre au jour. Et c’est notamment la découverte de ce trait grammatical qui permet de remettre en question certaines analyses causalistes de l’action intentionnelle et de se donner une perspective assez générale sur les modalités de l’explication de l’action. Le grammairien ne se contente donc pas ici d’observer le langage en usage, mais il cherche véritablement à se donner une vision d’ensemble de la relation entre certains concepts, même si chaque nouveau contexte est susceptible d’apporter sont lot d’informations et de surprises concernant un usage donné.

Pour sa part, l’article d’Anscombe sur l’intentionalité de la sensation[23] met clairement en évidence les enjeux, déjà esquissés, des divergences entre grammaire et philosophie du langage ordinaire. La thèse exposée dans cet article est que les verbes de sensation, comme les verbes d’action, sont généralement intentionnels, c’est-à-dire que leur objet est intentionnel dans la mesure où il est déterminé par une certaine description. Ainsi, « Elle a vu une ombre dans la forêt » et « Elle a vu un cerf » peuvent bien avoir le même objet réel ou matériel de perception, mais n’ont pas le même objet intentionnel (une ombre dans un cas, un cerf dans l’autre). Il est inutile de s’étendre ici sur les arguments employés à la défense de cette thèse.

L’intérêt qu’elle présente, pour illustrer les divergences méthodologiques qui nous intéressent, est qu’elle s’oppose, précisément pour des raisons de méthode, à celle résultant de l’analyse du langage ordinaire proposée par Austin dans Le langage de la perception[24]. Nul besoin, une fois de plus, d’entrer ici dans le détail de l’impressionnante argumentation d’Austin, car le désaccord porte sur un point central bien précis. Pour défendre une conception de la perception aujourd’hui qualifiée de « réalisme direct », Austin s’appuie sur les usages ordinaires du langage et affirme que les usages normaux (non-déviant), dans des conditions normales, des verbes de perception impliquent une posture réaliste : ce que nous percevons c’est bien ce qu’il y a devant nous et non pas des entités intermédiaires (sense-data, etc.) entre le monde et ma représentation du monde. Autrement dit, nous percevons ce qui est et pas des images de ce qui est. Austin explique qu’en fait nous ne voyons qu’en un seul sens du terme « voir » : celui qui indique ou implique la présence factuelle ou réelle d’un objet. Dès lors, si nous employons « voir » dans ce que Austin appelle des « circonstances spéciales »[25] (comme dans les cas d’hallucination ou d’illusion), ceci ne nous conduit en aucune façon à penser qu’en général il y aurait « deux sens différents et normaux (“corrects et familiers”) des mots […] ; on pourrait tout au plus établir que l’usage linguistique ordinaire doit parfois être étendu pour pouvoir intégrer des situations d’exception »[26].

Le reproche qu’Anscombe adresse à Austin est alors le suivant : ce dernier semble vouloir légiférer quand à la distinction entre des usages normaux et des usages déviants des verbes de sensation, sans prêter attention au fait que la tentation d’introduire des entités intermédiaires, objets de perception, provient de la grammaire même des verbes de sensation. Ceci vaut à Austin quelques sarcasmes :

Nous pourrions effectivement dire que souvent les choses nous apparaissent, nous frappent, non pas comme des apparences mais comme elles sont. (La conviction que « apparaît » ne peut être employé correctement que de cette façon fût cause de trouble chez un philosophe du langage ordinaire trop sûr de lui lors d’une occasion fameuse à Oxford : F. Cioffi apporta un récipient en verre plein d’eau avec un bâton dedans. « Voulez-vous dire », demanda-t-il, « que ce bâton n’a pas l’air tordu ? » « Non », dit l’autre hardiment : « Cela a l’air d’un bâton droit dans de l’eau. » Alors Cioffi le sortit et il était tordu[27].

L’allusion se rapporte bien sûr à la fameuse illusion d’optique issue de la réfraction qui fait qu’un bâton droit plongé dans l’eau nous apparaît tordu. Finalement Anscombe accuse Austin de se prendre lui-même au piège du réalisme, à force de vouloir contrer la thèse adverse. Et, en s’arrêtant trop rapidement aux usages effectifs du langage, la profondeur des implications grammaticales qui leur sont sous-jacentes semble lui échapper. Ainsi, il ne voit pas que l’erreur des théoriciens des sense-data, qui consiste à réifier les objets intentionnels pour leur accorder le statut de véritables objets de perception, tient à une spécificité des verbes de perception : leur caractère intentionnel. Austin aurait donc tort de faire reposer sa critique sur l’idée que les verbes de perception ne sont normalement pas intentionnels, ou seulement dans des cas spéciaux. L’erreur des théoriciens des sense-data n’est pas là. Elle réside dans le fait qu’ils ont opéré un glissement fallacieux de la notion d’« objet intentionnel » à celle d’« objet réel ». Ainsi, l’analyse grammaticale ne conduit pas à limiter les usages possibles du langage ou à prescrire des usages corrects, mais elle vise à mettre au jour ce qui, au sein même de ces usages, peut troubler ou susciter des confusions philosophiques. Elle reste alors fidèle à la mission que lui donnait déjà Wittgenstein : « passer d’un non-sens non manifeste à un non-sens manifeste[28] ».

Conclusion : la forme et la grammaire

Ainsi l’entreprise grammaticale repose-t-elle sur l’élucidation du sens à travers les usages et surtout – ce qui lui confère tout particulièrement son caractère « grammatical » – sur l’identification des erreurs de catégorie qui motivent les fausses questions métaphysiques. L’exemple typique de cette erreur étant la tentation systématique de réifier la référence d’un nom en posant des questions très générales comme « Qu’est-ce que le temps ? » ou « Qu’est ce qu’une pensée ? ».

Dans un article de 1981, Anscombe s’interroge sur la possibilité de qualifier l’analyse grammaticale, caractéristique de la seconde philosophie de Wittgenstein, de « théorie du langage »[29]. À quoi elle répond par la négative. Elle souligne en effet que, malgré sa volonté de se démarquer de l’influence de la logique aristotélicienne (qui se prolonge, selon elle, jusqu’à Frege et Russell), car celle-ci semble vouloir « fondre dans le même moule tous les usages du langage[30] », les recherches philosophiques de Wittgenstein prennent cependant la même direction que cette dernière :

Celui qui se plaint de la volonté de fondre dans un moule générique tout un ensemble de choses variées peut très bien le faire parce qu’il voudrait voir décrits bien d’autres motifs spécifiques et pas parce qu’il voudrait infléchir l’orientation de la recherche en question. […] Si « nom propre » est une catégorie grammaticale, « chiffre », selon [Wittgenstein], en est une autre, de même que « nom de couleur » ou « verbe psychologique ». Mais, dans une acception wittgensteinienne, même celles-ci s’avèrent être, en quelque sorte, génériques. Autrement dit, il existe des différences de « catégorie » propres à chaque type[31].

L’analyse grammaticale wittgensteinienne conserve donc de l’analyse formelle l’idée que certaines catégories grammaticales ne doivent pas être confondues. Mais elle abandonne cependant la dimension proprement formelle d’une « science “formelle” de la grammaire », qui s’intéresse exclusivement à la structure des langues, pour se pencher sur « ce qui caractérise, ce que réalise ou ce que nous dit un certain usage des mots »[32]. Et c’est précisément cette différence qui fait que Wittgenstein n’expose pas une théorie du langage. Ce qui l’intéresse dans la grammaire, c’est la façon dont elle peut déguiser des problèmes conceptuels ou grammaticaux en problèmes philosophiques et métaphysiques ; mais lui-même ne propose pas véritablement une théorie de la grammaire. Selon Anscombe, « Wittgenstein ne veut en aucun cas dire autre chose que “grammatical” lorsqu’il dit “grammatical”»[33] , et ce qu’il faut alors entendre par « grammatical » ne renvoie pas exclusivement à l’élucidation des structures formelles du langage, mais à la description plus ou moins attentive de catégories.

Valérie Aucouturier (Chargée de recherches postdoctorales, Fond de la recherche scientifique – Flandres, Centre Leo Apostel (V.U.B.), Bruxelles)

Valérie Aucouturier est docteure en philosophie. Après une thèse intitulée « “En termes de langage” : L’articulation entre intention, action et langage dans l’œuvre de G.E.M. Anscombe » et un post-doctorat sur l’épistémologie de la psychologie, elle poursuit actuellement ses recherches post-doctorales à Bruxelles. Celles-ci portent sur la philosophie de l’esprit contemporaine, l’explication et l’intentionnalité de l’action, en lien notamment avec la philosophie de la psychologie. Elle a publié plusieurs articles en philosophie de l’action, du langage et de l’esprit.

Bibliographie


[1] G.E.M. Ancombe, « Wittgenstein : un philosophe pour qui ? », trad. fr. Ph. De Lara, Philosophie, 76, Paris, Minuit, p. 3-14.

[2] Ibid., p. 4.

[3] G.E.M. Anscombe, « Ludwig Wittgenstein », Philosophy, 70, 1995, p. 407.

[4] G.E.M. Anscombe, An Introduction to Wittgenstein’s Tractatus, St. Augustine’s Press, 2001.

[5] R. Teichmann, The Philosophy of Elizabeth Anscombe, Oxford University Press, 2008, p. 4.

[6] P. Foot, Orbituary, Someville College Review, 2001, p. 20.

[7] Voir G.E.M. Anscombe, « Ludwig Wittgenstein », art. cit., p. 169 : « Les prédictions portant sur “ce que Wittgenstein dirait” au sujet d’une certaine question n’étaient jamais correctes » ; Roger Teichmann dit la même chose d’Anscombe dans son introduction à The Philosophy of Elizabeth Anscombe, op. cit., p. 1 : « Il est souvent difficile d’anticiper ce que Anscombe dirait sur un sujet donné ».

[8] Comme le rappelle Jenny Teichman (« Gertrude, Elizabeth, Margareth Anscombe : 1919-2001 », in Biographical Memoirs of Fellows I. Proceedings of the British Academy, 115, Oxford University Press, p. 40), Anscombe a beaucoup écrit sur les philosophes grecs (Parmenides, Platon, Aristote), les scolastiques (Anselm, Thomas d’Aquin) et sur Hume, Brentano et Ramsey.

[9] J. Teichman, ibid.

[10] G.E.M. Anscombe, « The Intentionality of Sensation : A Grammatical Feature », Metaphysics and the Philosophy of Mind : Collected Philosophical Papers II, Oxford, Basil Blackwell, 1981, p. 3-20.

[11] L. Wittgenstein, Recherches Philosophiques, trad. fr. F. Dastur et. al., Paris, Gallimard, 2004, § 47, p. 52.

[12] Voir R. Teichmann, The Philosophy of Elizabeth Anscombe, op. cit., p. 41.

[13] L. Wittgenstein, De la certitude, trad. fr. D. Moyal-Sharrock, Paris, Gallimard, 2006, § 255, p. 78.

[14] J.L. Austin, « Plaidoyer pour les excuses », trad. fr. L. Aubert & A.-L. Hacker, Ecrits philosophiques, Paris, Seuil, 1999, p. 143.

[15] Voir J.L. Austin, « Plaidoyer pour les excuses », art. cit., p. 136-170 et « Trois façons de renverser de l’encre », trad. fr. L. Aubert & A.-L. Hacker, in Ibid., p. 229-246.

[16] Exception faite, sans doute, de Quand dire c’est faire (trad. fr. G. Lane, Paris, Seuil, 1970) qui offre une approche assez systématique des actes de paroles.

[17] Recherches philosophiques, op. cit., § 371.

[18] G.E.M. Anscombe, « Was Wittgenstein a Conventionalist ? », From Plato to Wittgenstein, Imprint Academic, Exeter, 2011, p. 218.

[19] G.E.M. Anscombe, L’Intention, trad. fr. M. Maurice & C. Michon, Paris : Gallimard, 2001 p. 143-4 (trad. mod.).

[20] J.L. Austin, « Plaidoyer pour les excuses », art. cit., p. 152.

[21] G.E.M. Anscombe, L’Intention, op. cit., p. 71-2.

[22] Ibid., p. 43.

[23] G.E.M. Anscombe, « The Intentionality of Sensation », art. cit.

[24] J.L. Austin, Le langage de la perception, trad. fr. P. Gochet revue par B. Ambroise, Paris, Vrin, 2007.

[25] Ibid., p. 180.

[26] Ibid., je souligne.

[27] G.E.M. Anscombe, « The Intentionality of Sensation », art. cit., p. 14.

[28] L. Wittgenstein, Recherches philosophiques, op. cit., § 464.

[29] G.E.M. Anscombe, « A Theory of Language », in M. Geach & L. Gormally (éd.), From Plato to Wittgenstein, op. cit., p. 193-203.

[30] Ibid., p. 201.

[31] Ibid.

[32] Ibid.

[33] Ibid., p. 203.

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